« Une envie coupable »

Quelques mots d’abord, pour vous souhaiter à tous une très belle année ! Pas de bilan de mon côté, voilà quelques années j’ai décidé de ne plus en faire, de me concentrer uniquement sur les bons souvenirs et les autres, à venir. Je vous envoie mes vœux de réussite, évitez de prendre trop de bonnes résolutions, faites-vous plaisir et écoutez-vous, je comprends peu à peu qu’il s’agit peut-être là de la clef du bonheur ! 🙂 De mon côté, j’ai juste décidé de m’attaquer à mes « Pile à Lire » et « Pile à Jouer », en vidant un peu les 300 livres et 300 jeux vidéo qui m’attendent depuis bien trop longtemps… (Je sais que je craquerai sans doute malgré tout cette année, mais l’idée est lancée ! ^^)

Pour fêter cette nouvelle année, je ne savais trop quoi vous offrir… Et puis j’ai fouillé mes tiroirs virtuels, et j’en ai tiré deux textes inédits, sans doute un peu trop courts, mais que j’ai eu envie de partager avec vous. Il ne s’agit que de quelques lignes, des idées nées de choses et d’autres, des personnages qui soudain s’imposent à moi l’espace de quelques instants… Je vous livre donc le premier, « Une envie coupable », écrit il y a quelques années pour une amie de l’époque et que j’ai remanié un peu pour le rendre un peu plus lisible. Une brève pensée, un brin mélancolique, mais vous me connaissez maintenant et cela ne vous surprendra donc plus !

J’espère qu’il vous plaira, et j’essaierai de vous poster l’autre d’ici quelques temps. ❤

 Une envie coupable

« Et il semble trop jeune, mais aussi bien trop sage,
Pourtant mes doigts me gênent, ils triturent la cage
De mon cœur. Et si celui-ci saigne, s’il me laisse
Sans répit, peut-être alors, qui sait, mes mots
Sauront lui faire comprendre ? Murmure d’un sanglot,
Sur le papier qui crisse, laissant mon âme diablesse,
Par la muse, obsédée,
D’un désir indomptable,
Par ailleurs, fort gênée,
De cette envie coupable. »

On le remarque à peine quand on ne regarde pas, je pense. Beaucoup n’ont d’yeux que pour eux, ceux qui gravitent sur le devant de la scène, et qui pourrait les en blâmer ? Ce sont eux qui attirent, sous les feux de la rampe, par leur ferveur, lueur fugace et pourtant fascinante qui les habite.

Mais à force de venir les voir jouer ainsi, lorsqu’ils arrivent à grappiller une salle et qu’ils nous font l’honneur de quelques accords ou couplets volés, il y a des choses qui deviennent évidentes. Qui font sourire ou qui, parfois, vous serrent le cœur.

Comme le sourire un peu plus voilé du chanteur lorsqu’il croit qu’on ne le regarde plus.
Les épaules peut-être trop tendues du batteur.
Ou les sourcils soucieux sur le visage d’ordinaire si enjoué du guitariste.

Mais ce sont les aléas de la vie. Et ce qui me fait sourire et tiraille mon cœur, c’est lui.

Certains l’appelleraient sûrement, en d’autres mots moqueurs, « la groupie du pianiste ». Sauf qu’il est bien loin d’en être une, groupie. À vrai dire, je me demande si quelqu’un d’autre que moi l’a repéré, toujours en retrait, les yeux rivés sur la scène, vers celui qui semble être un temps le centre de tout. Bien sûr, jamais il ne lui laisse voir qu’il l’observe ou le soutient, et à chaque fois que le chanteur vient vers lui, il le repousse. Il a probablement horreur que les gens puissent croire ne serait-ce qu’un seul instant qu’un autre homme s’intéresse à lui.

Je me demande souvent ce qu’il penserait s’il savait que maintenant nous sommes deux.

Cela fait longtemps que je l’ai aperçu. Au début, je croyais qu’il s’agissait tout juste d’un autre fan du groupe, qu’il venait là pour profiter de la musique, tout simplement. Je trouvais ça plutôt étrange, puisqu’il semblait s’ennuyer comme un rat mort et que je ne le voyais jamais sourire ou donner l’illusion de prendre du plaisir à leurs chansons. Certaines, d’ailleurs, semblaient même lui déplaire. Puis peu à peu, les choses se sont un peu éclaircies, j’ai réussi à laisser traîner mes yeux et mes oreilles. Aux bons endroits et aux bons moments. Ou plutôt aux mauvais.

Peu à peu, je me suis pris à ce jeu étrange et douloureux, un peu voyeur. Je venais voir le groupe pour l’apercevoir, lui. Je me voilais la face, tentais de me convaincre que je m’intéressais seulement à la musique. Il m’arrivait parfois de le dévisager le temps de toute une chanson, et jamais il ne semblait remarquer mes regards, tout aussi absorbé à tenter de faire croire que rien de ce qui l’entourait ne l’intéressait.

C’est faux, je le sais bien. C’est un mensonge de croire qu’être ici ne lui fait rien. Parce qu’il a beau essayer de se convaincre qu’il ne veut pas être là, j’ai bien remarqué les regards que lui portent le chanteur, et ceux qu’il lui cache en retour. Parfois je me demande s’il le punit de quelque chose. D’autres fois, je me dis que c’est peut-être à lui-même qu’il ment.

Il se prénomme Raphaël. Je trouve étonnant qu’un jeune homme si sévère puisse porter le prénom d’un ange. Pourtant, je pense qu’au fond, il y a une raison à cela. Parce que l’archange Raphaël guérit de tous les maux, et c’est probablement d’une telle puissance dont a besoin cet homme.

D’un miracle.

Je me fais l’impression d’un de ces fans détraqués qui suivrait son idole, l’épiant à la fenêtre et croisant sa route dix fois par jour. Sauf que comme un idiot, voilà que mon ventre s’emplit de papillons à la vue du petit ami du chanteur…

Alors j’œuvre en silence. Mon crayon danse souvent sur le papier, jusqu’aux petites heures du jour. J’emplis des carnets et des feuilles de poèmes et de proses à l’attention d’un garçon qui ne sait pas que j’existe. Je fantasme du jour où j’oserai lui envoyer mes mots. Pourtant au fond je sais qu’il serait tout simplement en colère. Furieux d’une telle attention.

Je ne suis qu’un fantôme, ce n’est même pas ma ville. Demain, je ne serai plus là. J’ai rêvé qu’endormi, ses bras se refermaient sur moi. Cela fait longtemps que je n’avais pas trouvé un sommeil si paisible.

Au matin, j’étais seul, et une autre page a rejoint cette boîte, où elle dormira à jamais.

Ces lettres ne trouveront jamais le chemin de sa poche.  Et j’espère qu’il en sera plus heureux, ainsi.

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